Interview : la clinique de l’activité

Suite à leur atelier du 14 mai sur la clinique de l’activité, nous avons demandé à Adeline Courseille et Franck Veindergheinst de nous en dire plus sur ce sujet et son lien avec le réenchantement du travail.

  • Pourquoi nous parler de la clinique de l’activité ?

Adeline : C’est une approche qui me tient particulièrement à cœur, elle permet à la fois d’analyser mais aussi de véritablement transformer l’activité de travail. Et aujourd’hui je suis convaincue que cette approche peut contribuer au réenchantement du travail.

Franck : Parfaitement d’accord avec Adeline, j’ajouterai simplement que, pour moi, c’est aussi une approche qui permet de concilier autour d’observables, l’intérêt pour le réel de l’activité et le vécu subjectif des opérateurs.

 

  • En quoi ce sujet que tu as abordé dans ton atelier permet de participer au réenchantement du travail ?

Adeline : Les méthodes utilisées en clinique de l’activité permettent de mettre en lumière diverses façons de faire une même activité, de les mettre en débat, d’entrevoir de nouvelles ressources pour réaliser l’activité et d’identifier ses contraintes. Dans cette approche, c’est le groupe qui est l’acteur principal de l’amélioration de la santé et des compétences des personnes qui le composent. C’est une façon de repenser son métier, et surtout de pouvoir s’y reconnaitre, dans ce sens on peut dire que c’est une approche qui participe au réenchantement du travail.

Franck : Je crois que l’enjeu autour de la clinique de l’activité consiste, entre autre, à faire prendre conscience aux manageurs de proximité et à plus grande échelle au top management que le travail se fait de nombreuses façons, potentiellement éloignées des prescriptions. Pourtant ces différentes façon de faire permettent aux opérateurs de pallier aux aléas de l’activité de travail, de préserver sa santé, de ménager son effort dans le temps, d’être plus efficient mais surtout de faire un travail dans lequel ils se reconnaissent, dont ils sont fier, en accord avec leurs valeurs. Réenchanter le travail au travers de la clinique de l’activité serait finalement de faire reconnaitre cette dimension très personnelle du travail et de la soutenir comment moteur de développement des individus mais aussi des organisations en terme de santé et de performance.

 

  • Quels sont les 2 ou 3 livres (ou autre ressources) que tu conseilles sur ce thème et pourquoi ?

Adeline : Pour commencer, je conseillerais sans hésiter « travail et pouvoir d’agir » de Clot (2007). Clot y définit de manière claire les concepts en clinique de l’activité, et les différentes méthodes qu’il a initiées. Le second livre que je proposerais, serait « refaire son métier » de Roger (2007). En reprenant des actions qu’il a mené sur le terrain avec l’équipe de chercheur du CNAM, il y analyse le travail de manière clinique. Ce livre permet de pouvoir se plonger concrètement dans une intervention qui s’appuie sur la clinique de l’activité.

Franck : J’ajouterai un vrai coup de cœur pour moi : La comédie humaine du travail de Danièle Linhart (2015). Dans ce livre, les mécanismes de la sur-humanisation managériale et de ses travers sont très bien décrits. De mon point de vue, c’est une belle mise en perspective de l’appropriation professionnelle et personnelle de l’activité de travail et comment elle peut être niée voir délégitimée aujourd’hui. D’une certaine façon, nous sommes invités ici à repenser et à explorer l’appropriation d’un métier, ce qui se trouve être très proche de la clinique de l’activité.



  •  Si tu avais un rêve pour le monde du travail de demain, ça serait quoi ?

Adeline : C’est une question très large, mais si je devais la mettre en liaison avec l’atelier ce serait : permettre les discussions autour du métier et surtout que les supérieurs hiérarchiques s’en saisissent ! Finalement ce qui est débattue c’est la question de la qualité du travail.

Franck : Je rêve d’un monde du travail où les professionnels sont à nouveau légitimes de penser et d’organiser, au plus près, leur travail sur des critères de qualité et non de rentabilité à court terme. Quelque part, c’est ce que les travaux sur l’économie de la fonctionnalité et de la coopération essayent de mettre en place. Le chemin risque d’être long mais fort intéressant. Qu’est-ce que j’aimerai voir un monde où chaque humain pourrait, dans son système de production, être légitime pour œuvrer dans le sens du bien commun : « arrêtons de produire ces me**** sans qualité, c’est du gaspillage de ressources naturelles et de matières premières à une seule fin consumériste, réorientons notre force de production sur [ce qui a du sens et qui peut être utile au monde] ! »

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